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Mounir Mahjoubi : « Les valeurs de l'open source sont les miennes ».

Publié le 6 décembre 2017

Le Secrétaire d’Etat chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi, était l’invité d’honneur du Paris Open Source Summit 2017. Il est revenu, pour Systematic Paris-Region, sur les enjeux des transformations numériques en cours. Entretien.

© Systematic Paris-Region

Systematic Paris-Region : Monsieur le Secrétaire d’Etat, dans quelle mesure le monde du logiciel libre participe-t-il de la révolution numérique globale mise en œuvre en France et dans la francophonie ?

Mounir Mahjoubi : Il y participe à plusieurs égards. On a de plus en plus d’entreprises qui ne sont pas issues de la sphère digitale qui basculent vers le numérique pour une part de plus en plus importante de leur travail. Que ce soit pour appuyer leurs démarches marketing et commerciale, leur système de vente, leur méthode d’organisation et leur structure, voire même leur innovation, ces entreprises n’hésitent plus à franchir le pas, ce qu’elles ne faisaient pas avant… Le poids de l’investissement numérique pour ces structures est de plus en plus important, ce qui les amène à se tourner vers le logiciel libre même si, initialement, elles pensaient que ce n’était vraiment pas fait pour elles. Et ça, c’est formidable parce qu’on a de plus en plus d’entreprises françaises et d’entreprises francophones qui regardent maintenant les solutions du libre comme des moyens de se transformer, d’optimiser leur fonctionnement et pas juste comme la possibilité de remplacer un logiciel payant par un logiciel gratuit. Et ça, c’est une vraie transformation !

Pour l’Etat, c’est à peu près la même chose. Nous travaillons sur des grands sujets de souveraineté, de transformation radicale, de création de la plateforme numérique de l’Etat et sur ces sujets, les valeurs de base du libre, les solutions du libre nous correspondent. Donc logiquement, on pense de plus en plus au libre pour chacun de nos projets, on a d’ailleurs de plus en plus d’agents publics contributeurs à temps plein, ce qui est une nouveauté, et cet ensemble de faits participe à une transformation culturelle radicale.

© Systematic Paris-Region

Comment positionnez-vous l’Open Source par rapport aux questions d’éthique, de sécurité, de souveraineté ou de confidentialité ?

En fait, sur tous ces sujets, le seul moyen pour que le libre soit souverain, qu’il participe à plus de sécurité, c’est qu’on le maîtrise. Si on utilise du libre mais qu’on n’a pas quelqu’un dans son organisation qui fait partie de la communauté, qui sait qui travaille sur quoi, qui met à jour les informations, qui a pas une connaissance personnelle profonde des éléments et des modules qui sont le plus utilisés, clairement on n’est pas souverain, on dépend d’autres personnes, des autres membres de la communauté. C’est moins grave que dépendre d’un seul éditeur. Mais ce qui est essentiel pour moi, c’est qu’il y ait des Français qui participent et qui maîtrisent l’évolution de ces logiciels, qui vont avoir un rôle très important sur la souveraineté de la France, et qu’ils le fassent au nom de l’Etat également.

Développer les usages chez les non experts

Mobilité, santé, sécurité, ville intelligente, … Le monde du logiciel libre représente de formidables opportunités économiques et offre des solutions concrètes à de nombreux enjeux sociétaux. Comment améliorer et encourager le développement du Logiciel Libre en France ?

Une façon de développer le Logiciel Libre, c’est d’augmenter, en la facilitant, la commande publique. Entre gens du numérique, on a compris ce que c’était que le libre, ses atouts et son potentiel, mais on a encore un peu de communication à faire auprès des autres publics. Il faut donc soutenir les démarches d’explication et de pédagogie autour du logiciel libre, il faut expliquer clairement ce que c’est et ce n’est pas toujours simple. Quand on est face à deux prestataires, l’un avec une solution dont on connaît la marque et l’autre avec une solution dont on n’a jamais entendu parler et dont on nous dit « c’est du libre », on est perdu, on ne sait pas exactement ce dont il s’agit. Il faut qu’on développe les usages chez les non experts, qu’on doit accompagner dans leur compréhension des opportunités qu’offre le libre. Ce qui est rassurant, c’est qu’on avance dans le bon sens, car les non experts commencent vraiment à s’y intéresser !

© Systematic Paris-Region

Quelles sont les prochaines actions que le gouvernement va mener afin de montrer l’exemple et d’être un fer de lance pour ce développement qui a également l’avantage de favoriser des acteurs et compétences locales ?

MM : Au sein de la DINSIN (Direction Interministérielle des Systèmes d’Information et de Communication de l’Etat), que je dirige, le nouveau directeur, Henri Verdier, va avoir de plus en plus de personnes, qui sont des agents publics, pour travailler uniquement sur le libre et ça, c’est une vraie nouveauté, une nouveauté d’importance. Ces agents vont participer à la construction de la plateforme numérique de l’Etat, qui sera basée sur de très nombreuses fabriques libres et c’est une véritable transformation !