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Smart City : « La technologie doit rendre un service », F. Cauchi

Publié le 24 novembre 2017

Lors de la journée Smart City à Antony, le Président de Metapolis en charge de l’animation de l’événement, a rappelé, entre autres, les enjeux organisationnels et économiques de la transformation numérique des territoires.

Pouvez-vous définir la Smart City ?

C’est une ville, un territoire, qui s’approprie l’innovation numérique pour assurer de meilleurs services à ses usagers, à ses citoyens.

Quel regard portez-vous sur le partenariat noué entre la ville d’Antony et le Pôle de compétitivité Systematic Paris-Region sur cet événement ?

Ce type de rendez-vous est extrêmement positif. Il est à la croisée des chemins entre les visions publique, politique, administrative et opérationnelle des services et la technologie. Ces rencontres entre experts et sphère publique, ceux qui font la ville au quotidien, sont la réalisation de l’open innovation, loin de l’incantation. C’est un brassage effectif de mondes qui théoriquement ne se parlaient pas et qui, ici, s’échangent des cartes et imaginent les services qu’ils vont produire ensemble dans les semaines ou les mois qui viennent.

Bernard Giry, Conseiller régional d’Île-de-France, François Cuny, Délégué Général du Pôle Systematic Paris-Region et Fabien Cauchi, Président de Metapolis, lors de la Journée Smart City, à Antony, le 21 novembre 2017. © Systematic Paris-Region

 

Quelles sont les actions concrètes qui illustrent ce que Metapolis propose aux villes et aux territoires ?

Trois exemples. Pour celles qui sont au début de cette réflexion, nous les aidons à comprendre les enjeux de la transformation numérique des territoires, en termes de services, d’efficacité, de qualité pour les citoyens, mais aussi les enjeux de souveraineté, car pour les acteurs du numérique c’est un point qui est essentiel.

Pour les collectivités, les acteurs qui ont déjà engagé des démarches, il s’agit de les aider dans l’organisation de leurs projets, dans la mutualisation de leurs projets avec d’autres acteurs. L’une de nos convictions c’est que le partage est un élément essentiel. Il n’est pas intéressant de créer des territoires en concurrence mais plutôt en co-construction.

Le troisième élément, c’est d’aider à aller de l’avant dans des approches ouvertes. Nous sommes très attachés à l’open source, au logiciel libre, à la mutualisation des investissements et la réutilisabilité des services mis en place sur un territoire ou sur un autre.

Vous travaillez avec quelles villes, quelles collectivités ?

On travaille avec de nombreuses métropoles françaises, comme Bordeaux, Paris, Lille, la région Île-de-France, Lyon, la Provence-Alpes-Côte d’Azur, mais en Belgique également.

Les Smart Cities sont parfois vues de manière négatives par les Français.

Je suis content d’apprendre que les Français sont inquiets, ça veut dire qu’ils sont au courant du sujet, ce qui n’est pas forcément si évident. Aujourd’hui il est nécessaire de faire comprendre les enjeux du numérique au plus grand nombre, aux décideurs publics, aux élus, à l’administration, aux citoyens. Que cette peur existe est finalement rassurant parce que de nos jours tout le monde renseigne, livre nombre d’informations aux acteurs mondiaux du numérique. Les gens sont prêts à leur donner bien plus qu’à n’importe quelle collectivité locale. Il faut dépasser ces appréhensions. Nous devons expliquer que les pouvoirs publics sont, dans la transformation numérique, les garants de la souveraineté, de leur protection par rapport aux grands acteurs du numérique.

© Patrick Plas / ville d’Antony

 

Quels freins existent-ils encore à l’ouverture des données publiques ?

Il en existe plusieurs. Si on prend le cas de la France, l’un des freins est la segmentation des collectivités locales. Produire de la donnée publique c’est mettre à disposition un certain nombre d’informations et pour le faire dans de bonnes conditions cela nécessite un minimum d’organisation.

Ensuite, il n’y a pas forcément de normalisation de la donnée. On peut avoir du partage d’information sans qu’elle soit réutilisable. On parle de la valeur de la donnée publique mais il n’y a valeur que dans la réutilisation. Si on publie de l’information, un jeu de donnée qui n’est pas à jour, qui est statique, ou dans un format qui n’est pas exploitable, on ne peut rien en faire.

« La technologie doit rendre un service, soit nouveau, soit pour optimiser des services urbains existants »

Nombre de collectivités ignorent ces transformations. Est-ce par manque de connaissance et n’est ce tout simplement pas dans leur logiciel ?

En France nous avons une segmentation, une multiplicité de petites collectivités, plus 50 000 collectivités locales en France, et cette segmentation n’aide pas à la diffusion de la connaissance et de l’appropriation de ces enjeux-là.

Qu’en est-il du financement des Smart Cities ?

Beaucoup de réflexion autour de ces questions effectivement. Là encore, si nous sommes dans une approche techno-centrée on peut se dire c’est de la technologie pour la technologie et ça a un coût. Mais on n’aborde pas le véritable enjeu. La technologie doit rendre un service, soit nouveau, soit pour optimiser des services urbains déjà existants. Donc si les approches de Ville Intelligente permettent d’optimiser le réseau énergétique ou le réseau de mobilité, l’investissement va permettre de générer une économie dans la durée. On peut donc construire des modèles économiques, c’est d’ailleurs ce qui est en train de se faire.

Face à des logiques de court terme comment faire passer le message d’une transformation durable ?

On a tendance à dire que les politiques ont des visions courtermistes, ce n’est pas toujours le cas. Depuis des siècles, on a construit des villes, au-delà des mandats ou des présidences. On peut dépasser l’échéance politique. Ensuite, c’est une question de maturité et d’entrainement. Il y a toujours des acteurs avant-gardistes, qui portent et initient des démarches. Paris, Lyon, Nice, Bordeaux, Toulouse, engagent des démarches volontaristes et créent une appétence qui mobilise d’autres territoires qui s’approprieront leur technologie, bénéficieront de leur premier investissement.

Sommes-nous en retard face aux investissements colossaux des Etats-Unis dans les Smart Cities ?

Je ne suis pas sûr qu’on soit en retard. Il y a beaucoup d’innovation sur le territoire français. Ce n’est pas parce que les industriels sont répartis partout dans le monde qu’on ne peut pas les implémenter partout. Il faut segmenter le volet économique et le volet politique publique. Quand on compare les territoires français avec d’autres, nous sommes plutôt bien placés !

@metapolisfr