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L’Open Source, réponse concrète au défi de l’autonomie stratégique européenne ?

L’Open Source, réponse concrète au défi de l’autonomie stratégique européenne ?

L’Open Source, réponse concrète au défi de l’autonomie stratégique européenne ?

Et si l’Open Source était l’un des leviers décisifs de l’autonomie stratégique européenne ?
Événement porté par Systematic Paris-Region, Open Source Experience a lancé son édition 2025 avec une plénière rassemblant industriels, représentants publics et grands utilisateurs. Dépendances numériques, communs et choix d’exécution ont été au cœur d’échanges sans détour. Résumé des débats.

L’Open Source, réponse concrète au défi de l’autonomie stratégique européenne ?

A l’occasion de la table ronde intitulée « Initiatives clés de l’industrie Open Source pour construire l’autonomie stratégique et la compétitivité européenne », les premiers échanges aboutissent au constat suivant : l’autonomie stratégique européenne ne peut pas être réduite à un slogan, ni à une opposition entre Open Source et solutions propriétaires. Pour Michel Paulin, Président du Comité stratégique de filière « logiciels et solutions numériques de confiance », il est nécessaire de déplacer le débat vers l’analyse concrète des dépendances et de leurs effets à long terme. Selon lui, l’Open Source apparaît comme un levier structurant, mais seulement s’il s’inscrit dans une compréhension fine des choix technologiques, économiques et juridiques.

« Pour moi, la souveraineté, c’est avant tout la liberté de choix, et surtout la capacité à comprendre pleinement les conséquences de ce choix », déclare-t-il.

Du point de vue des grandes organisations utilisatrices, Laurent Tréluyer, Directeur général délégué en charge des systèmes d’information de la CNAF et administrateur du CIGREF, adopte une approche centrée sur la gouvernance et la soutenabilité. Il explique que le travail du CIGREF consiste à objectiver les situations de dépendance et à éclairer les décisions des conseils d’administration, en dépassant les discours de principe. L’enjeu est de rendre visibles les effets cumulatifs des modèles économiques dominants, notamment sur les trajectoires budgétaires, afin de rendre légitimes des choix alternatifs, dont l’Open Source peut faire partie.

« Pour convaincre un conseil d’administration, il faut démontrer que le modèle économique actuel n’est plus supportable. L’évolution des tarifs nous emmène droit dans le mur, ce qui impose de faire un pas de côté et d’explorer d’autres options, dont l’Open Source », explique-t-il.

Passer des principes aux décisions opérationnelles

Cette difficulté à transformer des principes largement partagés en décisions opérationnelles n’est pas nouvelle. Stéfane Fermigier, Fondateur et dirigeant d’Abilian, mais aussi Cofondateur et coprésident du CNLL et de l’APELL, replace le débat dans une perspective historique et réglementaire. Il rappelle que la France dispose depuis près de dix ans d’un cadre juridique qui établit un lien explicite entre indépendance des systèmes d’information de ses administrations et recours aux logiciels libres. Le problème ne réside donc pas dans l’absence de doctrine, mais dans l’incapacité à l’inscrire dans la durée , à l’opérationnaliser et à la traduire de manière cohérente dans les pratiques des administrations.

« La loi pour une République numérique dit clairement que les administrations doivent préserver la maîtrise, la pérennité et l’indépendance de leur système d’information, et qu’elles doivent encourager l’utilisation des logiciels libres. Tout cela est écrit noir sur blanc depuis 2016. Ce qui a manqué, ce n’est pas le cadre légal, c’est une mise en œuvre effective et continue » , commente Stéfane Fermigier.

Quel rôle de l’État dans la fourniture de communs numériques ?

La question du passage à l’échelle constitue un second axe structurant pour les intervenants de la table ronde. Pierre Pezziardi, Conseiller auprès de la directrice de la DINUM et directeur par intérim de l’EDIC Digital Commons, insiste sur le fait que les acheteurs, publics comme privés, raisonnent rarement en termes de briques isolées. Ils recherchent des ensembles cohérents, capables de couvrir une large palette d’usages. Dans ce contexte, les grandes suites intégrées dominantes bénéficient d’un avantage considérable, non seulement technique, mais aussi culturel et organisationnel.

« Aujourd’hui, les décisions se prennent face à de grandes offres intégrées, des bundles couvrant de vastes périmètres. En tant qu’acheteurs, nous sommes devenus dépendants de ce confort et de cette réassurance, même si nous savons qu’ils génèrent des dépendances », analyse-t-il.

C’est précisément pour répondre à cette logique que Pierre Pezziardi défend la production de communs numériques, à travers notamment la mise à disposition de la Suite numérique, conçue pour le secteur public. Il ne s’agit pas, selon lui, de construire une offre publique concurrente de celles des éditeurs présents sur le marché, mais de mutualiser des investissements sur des briques structurantes. Cette mutualisation permet d’abaisser les coûts, d’améliorer la qualité technique et de rendre crédibles des alternatives européennes sur des marchés dominés par des acteurs globaux.

Mais le rôle de l’État dans la fourniture de communs numériques cristallise une divergence nette. Michel Paulin met en garde contre un État qui se transformerait en éditeur de logiciels. Il estime que la multiplication d’initiatives publiques fragmentées affaiblit la filière et brouille les responsabilités. Sa position consiste à réaffirmer une séparation des rôles : à la puissance publique la doctrine, la commande et l’application des règles, aux entreprises la construction d’offres et la prise de risque industriel. « Chacun doit rester à sa place. Nous n’avons pas besoin d’une bureaucratie supplémentaire. Il faut faire confiance aux entrepreneurs et à la filière, plutôt que de fragmenter les initiatives publiques », lance-t-il.

Faire basculer la demande vers l’offre européenne

En conclusion, l’intervention de Cristina Caffarra, présidente de l’EuroStack Initiative Foundation, élargit encore le cadre du débat. Elle replace l’Open Source et les communs numériques dans une lecture macroéconomique et industrielle. Selon elle, le numérique ne constitue pas un secteur parmi d’autres, mais une technologie transversale qui conditionne la compétitivité de l’ensemble de l’économie européenne. Dès lors, l’enjeu ne relève plus seulement de la commande publique, mais d’un basculement réel de la demande privée vers des actifs européens.

« Nous ne parlons pas simplement de logiciels. Le numérique est une technologie transversale qui irrigue tous les secteurs industriels. Si nous ne créons pas d’actifs en Europe, détenus par des Européens, nous sommes finis. Le vrai sujet, c’est de faire basculer la demande vers l’offre européenne, car 80 % des achats numériques en Europe viennent du secteur privé », déclare Cristina Caffarra

Par cette prise de position, Cristina Caffarra clôt la table ronde sur un message sans ambiguïté : l’autonomie stratégique ne se construira ni uniquement par la régulation, ni uniquement par l’État, ni uniquement par l’Open Source. Elle suppose un alignement entre industrie, acheteurs publics et demande privée, et surtout une capacité collective à transformer des principes largement partagés en décisions économiques effectives.

[Plénière d'ouverture] Initiatives clés de l'industrie Open Source pour construire la souveraineté

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Article réalisé par Fabrice Deblock, Journaliste & rédacteur B2B | Modérateur de débats | Cybersécurité, numérique responsable, IT…

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